Je ne suis pas passionnée par la photo. Je suis concernée par le fait d’être dans la lumière. Jouer avec elle avec douceur me fait sentir ma relation au monde, dans ce système d’énergie complexe.

[…] L’outil, le chemin utilisé pour la création de mes graphismes est donc la photo : c’est un instrument, une voie que j’aime particulièrement parce que c’est un jeu direct avec la lumière. Je ne la maîtrise pas, je la perçois et la caresse, j’expérimente pour l’apprivoiser un peu et l’observer. Je ne suis pas passionnée par la photo. Je suis concernée par le fait d’être dans la lumière. Jouer avec elle avec douceur me fait sentir ma relation au monde, dans ce système d’énergie complexe.

[…] Jouer avec la lumière, c’est jouer avec les fréquences, les vibrations, en un mot l’énergie. Quand la création est là suscitant l’attention, à chaque étape, pour tous : modèle, lecteur et photographe, c’est finalement une histoire de relation à l’autre qui est créée. Une relation née dans l’action de l’attention, à et dans l’énergie.

Dans le fait d’exposer, ce qui m’intéresse fondamentalement – outre les instants de création déjà passés – c’est donner à voir, c’est partager des graphismes provoquant l’Attention et par conséquent qu’à la lecture de l’image, la relation existe: c’est la relation instantanée à l’œuvre. C’est à nouveau la création qui est à l’œuvre.  Parce que cette image aura piégé le cerveau (voir plus bas), qui ne pouvait s’attendre à ça et qui ne peut donc comparer, analyser et conclure immédiatement. Cela exclut d’utiliser des codes « esthétiques » directement, ou alors il faut qu’ils soient bancals, décalés, déséquilibrés.
Amema (esperanto : porté vers l’amour) est pour moi un thème particulièrement important car avec chaque modèle, nous avons partagé des moments intenses, guidés par le soin de porter attention à l’instant. J’ai pris les photos de cette collection pendant notre moment commun d’Attention, avec chacune des modèles, en silence.

Exposer, donner à voir c’est communiquer. Communiquer induit directement que nous avons quelque chose en commun.
Et quand on me dit … « Merci, vous avez réussi, je suis touché »  … Cet instant même est pure merveille.

Isabelle, le 9 mai 2014

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et aussi…

Le mot « photographie » est composé de deux racines d’origine grecque :

 photo-  (φωτoς, photos : lumière, clarté) – qui procède de la lumière, qui utilise la lumière ;
-graphie  (γραφειν, graphein : peindre, dessiner, écrire) – qui écrit, qui aboutit à une image.

Ce principe de graphisme créé directement par les photons agit à chaque instant, dès lors que des organes récepteurs sont en présence de lumière. Ces organes sont de tous types : végétaux, animaux, minéraux, gazeux, liquides et aussi « artificiels ».
Bien que considérer les perceptions de tous ces types de récepteurs soit passionnant, ici je centre sur le champ de perception visuelle de l’humain.

[one_third first]Notre perception visuelle n’est jamais une réalité
Ce que perçoit mon œil, dans tous les cas, c’est de la lumière dont l’origine – en extérieur – est le soleil: je vois donc des petits bouts de soleil, réfléchis par ceci, par cela puis par celle-ci, etc.
Ce n’est pas l’objet que je vois, mais les photons renvoyés, réfléchis par l’objet. Puis ces photons agissent sur mon œil qui transmet les informations à mon cerveau, qui lui… interprète. Les illusions d’optique illustrent bien d’une part les limites physiologiques de mon mécanisme-oeil et d’autre part les aberrations de mon cerveau, lorsqu’il n’arrive pas « à conclure immédiatement ».

C’est là que se dessine un point important : selon l’individu, ses acquis, son environnement et son conditionnement propre, il ne « voit » pas la même chose que son voisin, son enfant ou son père. Si on observe bien, des différences importantes peuvent exister, ce qui explique tout ou partie les mal-entendus, les violences, les guerres. Outre la perception visuelle, il faut ajouter les perceptions via les autres sens. Au bout, la pensée immédiate agit, selon l’addition rapide de tous ces éléments teintée de l’héritage culturel et des particularités propres à l’individu pour aboutir à une conclusion, puisqu’il en faut une croit-on le plus souvent et enfin, si on la laisse encore faire, crée les émotions habituelles, etc.[/one_third]

[one_third]La création crée le silence, par attention
Les moments, les instants fugaces de grâce et de beauté que l’on vit parfois sont des moments de création, c’est à dire d’action pure.

C’est possible quand je suis en attention totale, via tous mes sens, sans que la pensée, le cerveau interviennent. Ces instants traversent la vie, suggérés par un arc-en-ciel, un son ou encore un visage, une odeur, une œuvre d’art, ou le chœur d’une vieille cathédrale.
Lorsque je prends des photos, en état de recherche, il m’arrive souvent d’être en apnée lorsque ma perception crée un moment d’attention à cette action : je suis parfois très essoufflée, c’est le manque d’oxygène qui me sort de cet état ! J’avais observé cela également lorsqu’il m’est arrivé de peindre, à certains moments pendant lesquels ce que je voyais apparaître sous mon pinceau me paraissait juste, en équilibre parfait. Instants pendant lesquels l’espace n’existe plus – ou est infini, pendant lesquels un silence total s’installe au cœur de moi-même, solitude exquise.
Seule en forêt ou à deux en studio, je vis donc ces instants de création grâce à la photo.[/one_third]

[one_third]Que donner à voir ?
Après tout ce que je viens de développer plus haut sur la perception, voici donc que je propose tout de même des « choses à voir » !
Des photos, imprimées ou sur écran, des photo-graphismes, des petits bouts de soleil qui ont marqué un support qui à son tour va renvoyer plus ou moins de photons, qui en passant par ses yeux vont agir dans le cerveau du lecteur, etc.

[…] exposer, donner à voir c’est engager ma responsabilité, je l’assume très sérieusement.

[…] Je sais ce que je ne veux pas donner à voir: élaboration, construction esthétique, violences, émotions, traduction d’émotions…, déclencheurs de peurs, de plaisirs.

« Une image vaut dix milles mots« … Je sais que ce que je vais montrer va agir physiologiquement, psychologiquement et « kinésiquement ».

[…] Mon intention est que la relation créée soit porteuse de joie et d’amour, de « bon ».
[/one_third]

Les illusions d’optiques piègent le cerveau, on le sent « en flottement » pendant un temps plus ou moins long, notamment quand le gauche et le droit réclament la vedette en même temps. Exemple immédiat pour vous lecteur :  quel est le nom de la couleur du mot « JAUNE » ?

Une autre illusion à ne pas rater : l’illusion d’Adelson. Dans ce cas, le cerveau entre en scène et propose une solution évidemment subjective. On découvre que le gris n’est pas le gris et le blanc n’est pas le blanc (connu en vidéo et photographie : la balance des blancs). Ici les couleurs de la case A et de la case B sont identiques, mais pas pour le cerveau :

Grey_square_optical_illusionC’est un exemple frappant du contraste simultané: nous évaluons la couleur d’une zone relativement aux couleurs environnantes. La case A étant entourée de cases plus claires, nous la jugeons « foncée ». A l’opposé, la case B étant entourée de cases sombres, nous la jugeons claire. Dans cet exemple, ce qui ajoute à l’illusion, c’est le dégradé de l’ombre portée, qui permet une transition « en douceur » de l’espace éclairé à l’espace dans l’ombre […]

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